Rue de l'Estrapade

 

 

de Jacques Becker

 

 

Françoise (Anne Vernon) est mariée à Henri Lorant (Louis Jourdan), un séduisant coureur automobile. L’harmonie est rompue quand une amie peut-être aussi perfide que fidèle lui apprend que son mari a une liaison. Françoise déménage alors rue de l’Estrapade, où son nouveau voisin, un jeune et séduisant musicien bohème, lui fait la cour, et elle trouve une place de mannequin chez un grand couturier. Mais son mari, toujours amoureux, entend bien regagner l’amour et la confiance de sa femme…

 

 

Rue de l’Estrapade reçut un accueil un peu froid de la part de certains critiques. Mais André Bazin, dans l’Observateur, toucha juste : « Il me semble que toute l’oeuvre de Becker, et même ses films les plus manqués, s’éclairent rétrospectivement par Rue de l’Estrapade. Pour la première fois, Becker a osé y traiter son scénario pour ce qu’il est, c’est-à-dire rien. Mais c’est justement ce que je trouve d’aimable et peut-être d’admirable, en tout cas d’audacieux et d’original, dans la conception du dernier film de Becker. Il s’agit pour lui de nous faire croire à ses personnages, de nous les faire aimer. » Et c’est bien là la préoccupation de Becker, qui dit très clairement ne pas être intéressé par l’histoire, mais s’attacher aux personnages : « Je n’ai jamais voulu traiter un sujet. Jamais et dans aucun de mes films. Les sujets ne m’intéressent pas en tant que sujets. L’histoire (l’anecdote, le conte) m’importe un peu plus mais ne me passionne nullement… Seuls les personnages de mes histoires(et qui deviennent MES personnages) m’obsèdent vraiment au point d’y penser sans cesse. » (cité par Étienne Chaumeton dans Jacques Becker, Claude Beylie et Freddy Buache, Festival International du Film de Locarno, 1991). Car comme Édouard et Caroline, Rue de l’Estrapade est une comédie légère sur le couple. Ce film est la seconde collaboration de Jacques Becker et Annette Wademant, qui a des idées très précises sur ce que doit être un scénario. Becker dira que c’est en partie grâce à elle qu’il a réussi à se libérer des contraintes qui pèsent sur le cinéma français. Becker s’y confirme comme le cinéaste de l’émancipation féminine : Françoise trouve un appartement où elle vit seule, renonce à l’aisance matérielle qu’elle avait aux côtés de son mari quai Blériot, et trouve un emploi. Le talent d’Anne Vernon ne se dément pas, elle est fraîche et pétulante, un vrai bonheur. Elle se souvient de Jacques Becker comme d’un « être exceptionnel, un individu qui ne succombait pas aux modes et savait penser par lui-même. C’était un vrai créateur car il savait être libre. »

(cité dans Claude Naumann, Jacques Becker, BiFi/Durante, 2001).



RUE DE L’ESTRAPADE
La rue de l’Estrapade se situe dans le 5e arrondissement de Paris. Elle est à la jonction du quartier du Val-de-Grâce et du quartier de la Sorbonne. C’est là qu’a habité Annette Wademant lorsqu’elle est arrivée à Paris. La rue de l’Estrapade a également été décrite par Honoré de Balzac dans La Peau de chagrin. Elle doit son nom au supplice de l’estrapade : mains liées dans le doset hissés en haut d’un poteau, les suppliciés (voleurs, mais aussi protestants) étaient lâchés d’un coup.

 

BANQUES ET NOMS D’ACTEURS
Jacques Becker voulait donner le rôle principal, celui d’Henri Laurent, à Daniel Gélin. Mais celui-ci ne pouvait pas : il avait son propre film en cours (Les Dents longues, 1952, tourné à Lyon) et deux projets en tant qu’acteur (La Minute de vérité, Jean Delannoy, 1952 et Adorables créatures, Christian-Jaque, 1952). Jacques Becker avait pourtant besoin de sa participation pour obtenir le financement des banques.Il a donc accepté un second rôle.


MONOLOGUE

Pour la première fois, Becker utilise le procédé du monologue en voix off. C’est la vieille domestique Pâquerette que l’on entend, personnage parfaitement représentatif de ceux qu’utilise Becker pour développer la consistance et l’humanité de ses films. Il fera de même dans Touchez pas au grisbi (1954). Alfred Hitchcock est le premier à l’avoir utilisé dans Murder en 1930 et Woody Allen entre autres l’utilisera bien des années plus tard, mais différemment, dans Annie Hall (1977).

 

 

Diaporama :

 

Rue de l'Estrapade Rue de l'Estrapade Rue de l'Estrapade Rue de l'Estrapade

 

 

Rue de l’Estrapade
France, 1953, 1h42, noir et blanc, format 1.37
Réalisation : Jacques Becker
Scénario : Annette Wademant
Dialogues : Annette Wademant, Jacques Becker
Assistant à la réalisation : Michel Clément, Jean-François Hauduroy
Photo : Marcel Grignon
Musique : Marguerite Monnot, Georges Van Parys, Francis Lemarque (“Tous les mots”) et Georges Brassens (“Le Parapluie”)
Montage : Marguerite RenoirDécors : Jean d’Eaubonne
Production : Cinéphonic, Société Générale de Gestion Cinématographique
Interprètes : Anne Vernon (Isabelle Laurent), Louis Jourdan (Henri Laurent), Daniel Gélin (Robert), Jean Servais (Jacques Christian), Micheline Dax (Denise), Jacques Morel (Marcel), Pâquerette (Mme Pommier), Jean Valmence (Roland), Claude Larue (Corinne), Henri Belly (Freddy), Marcelle Praince (Mme Fourcade), Fernand Rauzéna (Simon), Michel Flamme (Patrick), Émile Genevois (Petit Louis)
Sortie en France : 15 avril 1953

Distributeur : Les Acacias pour StudioCanal

Copie restaurée par Studio Canal




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