L’Île nue

Kaneto Shindô

Japon, 1960


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Dans l’archipel de Setonaikai, quatre membres d’une même famille sont les seuls habitants d’une île de la mer intérieure du Japon, aride et seulement visitée par le vent. La rudesse du quotidien est aggravée par l’exigence du père. Lors d’une journée faste, les garçons attrapent un gros poisson et le vendent à la ville. Peu après, l’aîné des garçons tombe malade et meurt. Dans un accès de désespoir, la mère, accablée par l’injustice, se révolte…

Sorti après Les Enfants d’Hiroshima (Gembaku no ko) en 1952, qui portait déjà la marque d’un style particulier, notamment dans l’art de la suggestion, L’Île nue s’articule autour du travail essentiel de la famille. Ce dernier consiste à aller chercher l’eau sur une île voisine à l’aide d’une barque, puis la porter jusqu’aux cultures afin d’irriguer leurs champs. Le balancier portant les deux seaux pèse lourd sur les épaules, les visages sont crispés, les gestes mesurés. La terre et le soleil boivent l’eau, et pourtant les récoltes viennent. Filmé quasiment sans dialogues, en scope et en noir et blanc, avec des acteurs non professionnels, L’ïle nue est aux yeux de ses admirateurs l’un des plus beaux drames du cinéma mondial. Parmi eux : Benicio Del Toro (Usual Suspects de Bryan Singer en 1995, Che de Steven Soderbergh en 2008, 21 grammes d'Alejandro González Iñárritu en 2003, etc.) Il confie, lors d’une rencontre avec Kaneto Shindô en mars 2010 à Tokyo, que L’Île Nue (Hadaka no shima) est un de ses films favoris. Le cinéaste japonais apporta lors de cet entretien des précisions sur ses ambitions : « Le couple représente les deux premiers humains sur terre, le film retrace leurs batailles et leurs joies. Ce n’est pas un film muet, mais un parlant sans dialogues. Je l’ai fait pour prouver que c’est l’image qui fait un film, pas le dialogue. À la place, il y a de la musique, des bruits humains, le son du vent, des vagues… ». « Les images de chaque scène et de chaque plan, poursuit le réalisateur, entrent en conflit avec les autres pour créer le drame. Je ne sais quelle sorte de syntaxe on doit employer pour créer un poème cinématographique, ou si j’ai pu utiliser la théorie de cette syntaxe. Ce film est un essai expérimental. » Et une production de très petit budget, quasiment en faillite, qui offre paradoxalement au film quelques unes de ses plus belles qualités, selon l’historien japonais Tadao Sato (Le cinéma Japonais, éditions du centre Georges Pompidou) : « Le tournage s’effectue entièrement en extérieur, l’équipe est réduite à quelques dizaines de personnes et les frais de séjour sont limités au minimum tandis que les acteurs sont informés qu’ils ne seront payés que si le film réalise des bénéfices. Le film une fois terminé ne trouve aucune compagnie pour le distribuer. Il est donc projeté de manière presque confidentielle, mais reçoit le Grand Prix du festival de Moscou en 1961, ce qui lui apporte la consécration internationale. » Universalité, émotion, noir et blanc intense, musique sublime et un éternel recommencement digne d’une chorégraphie de ballet : L’Île Nue est une œuvre inoubliable.

 

SUCCÈS

Le film a été distribué dans plus de soixante-huit pays, provoquant un tel engouement qu’il fut considéré comme le point de départ de la « nouvelle vague japonaise ».

 

KANETO SHINDÔ

Né en 1912 dans une famille paysanne sur les côtes de la mer intérieure du Japon, il a vu le dur labeur de ses parents. Ces images étant gravées dans sa mémoire, il a tenté de véhiculer cette « lutte silencieuse avec la terre et la nature. Ma mère ne m’a jamais dit une seule fois, jusqu’à sa mort, que son travail était dur. » Il est l’un des grands réalisateurs japonais, moins connu que ses illustres aînés Kurosawa, Naruse, Ozu et Mizogushi dont il fut le scénariste. Il a aussi réalisé Onibaba (1964 ) et Postcard, réalisé, l’an dernier qui sort à Tokyo et dont la bande-annonce est visible sur internet. Shindo est en effet avec Manoel de Oliveira le doyen des cinéastes en activité.

 

CRITIQUE

À sa sortie, le film a été unanimement salué par la critique, ainsi Baroncelli dans Le Monde : « Rarement une oeuvre cinématographique a mérité autant que celle-ci d’être qualifiée de poème. Rarement le lyrisme d’un film nous a semblé si pur, si dépouillé. Rarement, depuis la naissance du parlant le montage avait atteint à ce pouvoir magique. »

 

BENICIO

Benicio del Toro, déjà venu une fois à Lyon, revient rue du Premier-Film, respectueux du concept du festival Lumière : quelques jours seulement après avoir terminé le tournage du nouveau film d’Oliver Stone, ce cinéphile connaisseur, curieux et érudit présentera L’ïle nue, son film de chevet.

 





L’Île nue
(Hadaka no shima)
Japon, 1960, 1h36, noir et blanc, format 2.35

Réalisation : Kaneto Shindô
Scénario : Kaneto Shindô
Assistant à la réalisation : Mitsunori Kanaoka et Takahisa Katsume
Photo : Kiyomi Kuroda
Musique : Hikaru Hayashi
Montage : Toshio Enoki
Effets visuels : Matsuo Ôno
Production : Kaneto Shindô et Matsuura Eisaku pour la Kinda Eiga Kyôkai
Interprètes : Nobuko Otawa (Toyo, la mère), Taiji Tonoyama (Senta, le père), Shinji Tanaka (Tarô, le fils ainé), Masanori Horimoto (Jirô, le plus jeune fils)
Sortie au Japon : 23 novembre 1960
Sortie en France : 29 novembre 1961
 

Distributeur : Wild Side Films

Le transfert haute définition a été fait au Japon par la Société Toho à partir des négatifs 35mm. Les travaux de réétalonnage, de restauration image et son ont été faits à Paris, au laboratoire Digimage, sous la direction de Thierry Delannoy et la supervision de Brigitte Dutray , Directrice technique de Wild Side Films.





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