La Loi de la frontière

Ömer Lüfti Akad

Turquie, 1966


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Près de la frontière, là où la terre est pierreuse et sèche, les activités illicites paraissent la seule ressource à ceux qui ne veulent pas labourer. À Deliviran, un village à côté d’Urfa, juste à côté de la Syrie, le Seigneur de Hidir, impliqué dans un trafic de migrants, est tué. Hidir tente de se tenir à l’écart de ces activités illégales mais les circonstances le contraignent à accepter de faire passer clandestinement un troupeau de moutons en Syrie. Entre la misère et les mines, Hidir lutte pour garder son rêve et son jeune fils en vie…

Grâce à Fatih Akin, réalisateur allemand d’origine turque, qui a fait restaurer ce film par la World Cinema Foundation, on va en savoir plus sur Ömer Lüfti Akad, un cinéaste turc méconnu, auteur pourtant d’une cinquantaine de films, à l’humanisme militant. « Loin du cinéma réaliste, écrit Akin, les films de l’époque se refusaient à montrer la société. La Loi de la frontière viendra bouleverser cette situation, tout comme la performance très naturelle de Yilmaz Güney marqua un tournant. Ce fut le début de ce qu’on appellera plus tard le “Nouveau cinéma turc”. Grâce à une image puissante, des problèmes sociaux dépeints de façon directe et forte, le film est un des jalons importants du cinéma turc. La construction du scénario, tout comme le style de la photographie, font presque songer à un western. Ömer Lüfti Akad décrit les problèmes fondamentaux de la société du sud-est de la Turquie. Le manque d’instruction, la pauvreté de l’agriculture et le chômage contraignent les gens à vivre selon la “loi de la frontière”, en somme devenir contrebandier. Le film souligne l’importance de l’éducation, facteur crucial du progrès socio-économique dans les pays du tiers-monde. Ce qui permet également de comprendre les raisons de la guerre silencieuse, dissimulée le long de la frontière du sud-est de la Turquie. Il y a quarante-cinq ans, Ömer Lüfti Akad alertait la société turque des conséquences probables si des mesures préventives n’étaient pas prises à temps. Il le faisait au moyen de ce grand film, qui a franchi la barrière du temps : La Loi de la frontière. »

 

WORLD CINEMA FOUNDATION
Créée à Cannes 2007, la World Cinema Foundation a pour vocation de rassembler des cinéastes souhaitant contribuer à la restauration des cinématographies des pays en développement. Avec Martin Scorsese qui en est le Président, Walter Salles, Fatih Akin, Stephen Frears, Souleymane Cissé, Alejandro Gonzales-Inarritu, Bertrand Tavernier et quelques autres s’y sont associés, comme la Cineteca de Bologne et l’Institut Lumière. Réalisateur, historien et critique, le newyorkais Kent Jones en est aujourd’hui le directeur exécutif. « À la première vision, déclare-t-il au sujet de La Loi de la frontière, le film agit comme un révélateur : c’est une oeuvre d’une grande force visuelle et dramatique, d’une férocité et d’une pureté absolues. Un grand film, une inspiration. »

 

« TO BE OR NOT TO BE »
Ömer Lüfti Akad avait une certaine influence sur le jeu des comédiens. En témoigne, paraîtil, le travail de Yilmaz Güney avant et après La Loi de la frontière.

 

FATIH AKIN
Réalisateur de Head On (Gegen Die Wand, 2004, Ours d’Or à Berlin), De l’autre côté (Auf der anderen Seite, 2007, Prix du Jury à Cannes), Fatih Akin est autant originaire d’Allemagne (de Hambourg) que de Turquie, dont il visite tout autant l’histoire que le présent. C’est à son initiative que La Loi de la frontière a été restaurée. À Cannes Classics, la projection fut une grande découverte qui en dit long sur tout ce qu’on ne sait pas sur le cinéma turc.

 

SE SOUVENIR DE YILMAZ GÜNEY
Né en 1937 au Kurdistan, Güney menait de front plusieurs activités : écrivain, scénariste, réalisateur, acteur et même homme politique. C’est pour cette dernière activité qu’il aura passé douze ans en prison (il fut, à tort, accusé d’un meurtre). Le personnage « le plus populaire de la Turquie contemporaine » parviendra à s’enfuir en 1981 et obtiendra l’asile politique en France, où il pourra monter Yol (La Permission), écrit et dirigé de sa prison. Yol obtiendra la Palme d’Or au festival de Cannes en 1982. Après un autre film réalisé en France (Le Mur, 1983), il meurt d’un cancer en 1984. Il est enterré à Paris.

 

LA RESTAURATION
La restauration du film a été financée par la World Cinema Foundation. Elle a été permise grâce à une copie positive fournie par Nil Gurpinar, la fille du producteur du film, et détenue par le Ministère de la culture turque. C’est l’unique copie qui a survécu au coup d’état de 1980 : elle était extrêmement sale, rayée, plein de raccords et il en manquait des bouts. Le film fut tourné en noir et blanc, mais il fut également imprimé sur pellicule couleur qui s’est aussi dégradée. Il manquait la première bobine, une Betacam fut donc utilisée. La naissance de la nouvelle copie 35 mm a été effectuée par le laboratoire L’Immagine Ritrovata de Bologne.

 





La Loi de la frontière
(Hudutlarin Kanunu)
Turquie, 1966, 1h14, noir et blanc

Réalisation : Ömer Lüfti Akad
Scénario : Ömer Lüfti Akad, Yilmaz Güney
Photo : Ali Ugur
Musique : Nida Tüfekçi
Montage : Ali Ün
Production : Dadas Film
Interprètes : Yilmaz Güney (Hidir), Pervin Par (Ayse, l’instituteur), Hikmet Olgun (Yusuf), Erol Tas (Ali Cello), Atilla Ergün (Zeki, premier lieutenant), Tuncel Kurtiz (Bekir)
inédit en France

Provenance de la copie : Cineteca di Bologna (Italie)

Copie restaurée numériquement par The World Cinema Foundation à la Cinémathèque de Bologne / L'Immagine Ritrovata. La restauration a été permise grâce à une copie positive fournie par Nil Gurpinar, la fille du producteur du film, et détenue par le Ministère de la culture turque. C’est l’unique copie qui a survécu au coup d’état turc de 1980, toutes les autres ayant été détruites, c’est pourquoi elle a nécessité des moyens considérables tant au niveau physique que numérique. La copie était extrêmement sale, rayée, et il manquait plusieurs photogrammes. Le film fut tourné en noir et blanc, mais il fut également imprimé sur pellicule couleur qui s’est aussi dégradée. Il manquait la première bobine, une Betacam fut donc utilisée. La restauration a été effectuée par le laboratoire L’Immagine Ritrovata.




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