Femme de feu

André DeToth

États-Unis, 1947


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Connie Dickason (Veronica Lake) refuse d’obéir à son père Ben (Charles Ruggles) qui souhaite la marier à Frank Ivey (Preston Foster), un rancher très puissant, autoritaire et irascible. Pour tenir tête à ce dernier, elle engage Dave Nash (Joel McCrea)…

André De Toth ou le quatrième borgne d’Hollywood (avec Lang, Ford et Walsh). Longtemps méconnu, ou mal connu (et pour le seul Rivière de nos amours [The Indian Fighter, 1955]), puis totalement oublié, et enfin joyeusement retrouvé depuis les efforts de quelques-uns dans les années quatre-vingt-dix (Bertrand Tavernier, Philippe Garnier, Thierry Frémaux). Né en 1900, 1906 ou 1912 (on n’a jamais trop su, 1912 plutôt) d’un officier hongrois, André De Toth entre dans la carrière cinématographique au début des années trente, comme scénariste, monteur et assistant-réalisateur. Pour la seule année 1939, il réalise cinq films quasi-inconnus en Europe (mais que l’Institut Lumière a montré dès 1993, dont l’un évoque le docteur Semmelweiss, sujet de la thèse de Céline, et un autre, Deux filles dans la rue, qui a été restauré par la World Cinéma Foundation en 2010). En 1939, De Toth filme, forcé, l’invasion de la Pologne par les troupes nazies. Il comprend tout et fuit en Amérique. En 1943, il s’en inspirera pour réaliser un film d’une lucidité peu ordinaire : None Shall Escape, longtemps inédit en France, film extraordinaire qui dit, deux ans et demi avant Nuremberg : « Un jour les nazis seront jugés pour ce qu’ils ont fait par un tribunal international. » À Hollywood, André s’illustrera dans les genres en vigueur dans les studios qui l’accueilleront (Warner, Columbia, etc.) : films d’aventures, films noir, films de guerre et surtout westerns. Il en tourna onze, dont quelques-uns avec Randolph Scott, ainsi que le magnifique Chevauchée des bannis (Day of the Outlaw, 1959) que Wild Side a sorti dans un beau DVD, accompagné d’un long texte de Philippe Garnier. De retour en Europe en 1960, un retour qui sonne plutôt comme un exil, De Toth tourne des films plus modestes, voire zozos (dont Les Mongols co-« réalisé » avec Riccardo Freda qui lui reprochait de n’avoir rien fait : « Je me vante de n’avoir rien fait, disait André, le film est totalement nul. ») À l’exception de son dernier film, un dernier diamant posé sur sa longue route : Enfants de salauds (Play dirty, 1968). Femme de feu est considéré par Martin Scorsese comme un « western cynique et macabre, qui conserve une fraîcheur étonnante » et qualifie, en préface de ses mémoires, De Toth de « héros méconnu » (Fragments, Institut Lumière/Actes Sud, 1998). Dans le même ouvrage, Bertrand Tavernier, loue la valorisation des rôles féminins chez le cinéaste : « André De Toth leur donne une consistance, une force tout à fait rare. Ramrod, bien avant Johnny Guitare, faisait des femmes les vraies héroïnes du récit. Confronté à des sujets ultra-conventionnels, il parvient à donner une vraie présence à ses actrices. » La performance de Veronica Lake est tout à fait remarquable, d’autant plus lorsqu’on se réfère à l’ambigüité du rôle. Le choix de Connie de livrer bataille contre Frank Ivey en optant peu à peu pour les mêmes armes que lui, offre à l’actrice un portrait de femme très subtil.

 

« THIRTEEN-PILL DIRECTOR »

Borgne, André De Toth a tourné en 1953 l’un des films en relief les plus célèbres de l’histoire : L’homme au masque de cire (House of Wax) alors qu’il ne distinguait pas la 3D. Il a aussi été marié 7 fois, et eut, soi-disant, des dizaines de petits enfants. Philippe Garnier le rencontra en 1983 pour Rock & Folk, Cinéma Cinémas et dix ans plus tard pour l’Institut Lumière. Il est ressorti un petit ouvrage fulgurant, à la Garnier : Bon pied, bon œil, (Institut Lumière/Actes Sud, 1993). En vente au village, à lire et à offrir. Il n’y en a presque plus.

 

UN BON RÉALISATEUR ?

Lors d’un entretien avec Bertrand Tavernier dans le jardin d’hiver de l’Institut Lumière, André De Toth donnait ses deux conceptions du métier de réalisateur : « Le premier fait deux cent prises et amène tout cela au montage pour sortir le film trois ans après. C’est magnifique. Le deuxième, c’est le réalisateur justement. Un réalisateur crée. Il voit, il fait, il juge et c’est dans la boîte. Quand Jack Ford disait d’une prise : “Elle est bonne”, c’est qu’elle était bonne. Il savait exactement ce qu’il faisait. Je préfère ça. » (inclus dans Amis Américains)

 

PEEK-A-BOO GIRL

En 1941, après plusieurs figurations, Constance Frances Marie Ockleman, devenue Veronica Lake depuis peu, signe avec Paramount et connaît instantanément la célébrité pour son rôle dans L’Escadrille des jeunes / I wanted wings de Mitchell Leisen. Elle devient le modèle de la femme fatale des années quarante, notamment grâce à sa fameuse coiffure, dotée d’une longue mèche de cheveux crantés couvrant une partie du visage. Les ouvrières imitaient cette chevelure, mais la mèche se prenant dans les machines et causant de graves accidents, le gouvernement demanda expressément à la Paramount de changer le look de l’actrice !

 





Femme de feu
(Ramrod)
États-Unis, 1947, 1h35, noir et blanc, format 1.33

Réalisation : André DeToth
Scénario : Luke Short (histoire originale), Jack Moffitt, C. Graham Baker, Cecile Kramer
Assistants à la réalisation : Harold Godsoe
Photo : Russell Harlan
Musique : Adolph Deutsch
Montage : Sherman A. Rose
Décors : Lionel Banks
Costumes : Edith Head
Production : Harry Sherman

Interprètes : Joel McCrea (Dave Nash), Veronica Lake (Connie Dickason), Don DeFore (Bill Schell), Donald Crisp (Sheriff Jim Crew), Preston Foster (Frank Ivey), Arleen Whelan (Rose Leland), Charles Ruggles (Ben Dickason), Lloyd Bridges (Red Cates), Nestor Paiva (Curley), Ray Teal (Ed Burma)

Sortie aux états-Unis : 21 février 1947
Sortie en France : 27 juillet 1951

Distributeur : Wild Side Films

Le transfert haute définition, supervisé par Barry Allen à Los Angeles, a été réalisé à partir d’un contretype sonore sauvegardé par UCLA. La restauration image et son a été réalisée à Paris, chez Digimage, sous la direction de Thierry Delannoy et la supervision de Brigitte Dutray, Directrice technique de Wild Side Films.





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