Guerre des gangs à Okinawa

Kinji Fukasaku

Japon, 1971


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
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Gunji (Koji Tsuruta), ex leader du gang Hamamura sort de dix années de prison pendant lesquelles le terrain et les codes ont changé. La police est dorénavant plus présente et son clan n’existe plus. Il décide alors de partir pour Okinawa en quête d’anciennes traditions. Il entrevoit la possibilité de redémarrer un gang neuf où, là-bas, la violence n’en sera que plus sèche…

« Guerre des gangs à Okinawa est un yakuza eiga crépusculaire, comme on parle de western crépusculaire. D’ailleurs le film lui-même s’apparente à un western. Jusqu’à l’analogie géographique, puisque l’action se situe dans l’archipel d’Okinawa, le grand Ouest “sauvage” du Japon. Okinawa, c’est aussi la base des forces d’occupation américaine. C’est sans doute une façon pour le réalisateur de souligner symboliquement l’emprise du cinéma américain sur son film noir. On pense, bien sûr, aux polars américains énervés et paranoïaques des années quarante. Comme Les Forbans de la nuit (1950) de Jules Dassin. Mais c’est bien évidemment La Horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969) avec sa violence nihiliste et flamboyante dont le film de Fukasaku reste le plus proche. Koji Tsuruta reprenant le rôle tenu par William Holden dans le western de Sam Peckinpah. Campant le chef d’un gang d’exilés, la silhouette stoïque, toujours planqué derrière ses Ray-Ban, comme s’il fixait le reflet de sa propre image. Celle de l’acteur bushido Koji Tsuruta, la grande icône du yakuza eiga, avec plus d’une centaine de films du genre au compteur. C’était pendant l’âge d’or des années cinquante et soixante, quand les films de yakuza du studio Toei régnaient sans partage sur les écrans du Japon. Mais dans Guerre des gangs à Okinawa, Koji Tsuruta est bien l’alter ego de Kinji Fukasaku, bafouant avec mépris les nouveaux codes de la pègre, calqués sur ceux du système capitaliste.

Conscients de ne plus être que les survivants d’un monde où l’éthique prévalait, Koji Tsuruta et sa bande des derniers aristos de la gâchette, aux costards impeccablement taillés, se rendront à l’invitation de la mort, comme à une cérémonie d’adieux. Le film progressant comme une flamboyante marche funèbre vers un combat final inéluctable, glorifiée par une utilisation magistrale du cinémascope. Ces fulgurances de violence qui jaillissent en de multiples fragments de plans, inspireront notablement le cinéma de Tarantino. Comme les effets de montage servant à introduire les personnages, que l’on retrouve à l’identique dans Kill Bill (Quentin Tarantino, 2003). Quant à Kitano, il reprendra aussi à sa manière le rôle de Tsuruta dans son Sonatine (1993) – se déroulant aussi à Okinawa ! – interprétant également un yakuza désabusé et en bout de course qui se lance dans un dernier baroud d’honneur.

Guerre des gangs à Okinawa est bien une œuvre de transition dans la carrière de Kinji Fukasaku. Une frontière temporelle entre deux époques. Celle du ninkyo, cette attitude mélancolique et chevaleresque, qui a fait les grandes heures du cinéma yakuza des années soixante. Et puis l’avènement d’un cinéma plus cru et cynique, en phase avec l’air du temps, où la cupidité, la corruption des sentiments et l’individualisme forcené sont devenus les nouveaux ressorts des motivations humaines. Fukasaku optera deux ans plus tard pour cette dernière approche plus réaliste de sa condition humaine, en la radicalisant jusqu’au paroxysme dans sa série Combat sans code d’honneur. » 

Yves Montmayeur

 

 

 

 

 

 






Guerre des gangs à Okinawa
(Bakuto gaijin butai)
Japon, 1971, 1h33, couleur, format 2.35
Réalisation : Kinji Fukasaku
Scénario : Kinji Fukasaku, Fumio Kônami, Hirô Matsuda
Photo : Hanjirô Nakazawa
Musique : Takeo Yamashita
Montage : Osamu Tanaka
Production : Koji Shundo, Tatsuo Yoshida
Interprètes : Koji Tsuruta (Gunji), Noburu Ando (Shark), Kenji Imai (Mad Dog Giro), Kenjiro Morokado (Gushken), Tomisaburo Wakayama (Yonabaru), Rin’ichi Yamamoto (Haderuma)

Le film n’est pas sorti en France.

 

Provenance de la copie : Institut Lumière

Ayant-droit : Wild Side Films

Copie neuve tirée à partir du matériel conservé par les studios TOEI




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