Le Quai des brumes

Marcel Carné

France, 1938


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
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Au Havre, Jean, un déserteur (Jean Gabin), cherche à se cacher avant de pouvoir quitter le pays. Grâce à un clochard, il trouve refuge dans une baraque du port où il fait la connaissance d'un peintre singulier (Robert Le Vigan) et de Nelly (Michèle Morgan). Il tombe amoureux de la belle jeune femme, orpheline, qui est sous la coupe du misérable Zabel (Michel Simon)…

Avec Les Enfants du Paradis, restauré par Pathé, et ce Quai des brumes, restauré par Studio Canal, Lumière 2011 montre deux des films les plus célèbres de Marcel Carné. À l’époque de la sortie du film, Marcel Carné est surtout connu pour Drôle de drame (voilà un troisième film célèbre – et on pourrait ajouter Le Jour se lève, Hôtel du Nord, Les Visiteurs du soir). Drôle de drame, réhabilité aujourd’hui, connut un accueil difficile et rendit le montage du projet suivant délicat. Mais l’arrivée de Jean Gabin, qui est alors la plus grande vedette française, facilita les choses. Le film devait d’abord se tourner en Allemagne, Gabin étant sous contrat avec la UFA, mais Goebbels et sa censure ne le permirent pas. Dans le livre de Pierre Mac Orlan, l’action se déroule à Montmartre. Carné lui préférera Le Havre (dont l’ambiance visuelle et le milieu ouvrier inscriront plus tard le film dans le « réalisme poétique »). Maurice Bessy lui trouvait une touche « faulknérienne » : « à la vision de Quai des brumes, j’ai songé à la tendance d’une certaine littérature américaine dont Faulkner est le chef incontestable, où l’irrémédiable est l’élément capital. » Le Quai des brumes consacre définitivement Marcel Carné et reste dans le paysage du cinéma français comme une création à l’ambiance inimitable : noirceur de l’image, amour impossible, personnages solitaires et vagabonds paralysés dans un épais brouillard. Comme le souligne à l’époque Marcel Blitstein dans Le Nouveau Film en 1938 : « L’atmosphère est lourde, étouffante, écrasante même, sans concession, sans lueur d’espoir, tout imprégné de cruauté, de désespérance, de fatalité. C’est gris comme l’automne, profond comme la mort, cruel comme la vie. Les êtres, et même un pauvre petit chien bâtard, luttent, se révoltent, espèrent, et retournent finalement vaincus à leur destin cruel. » Un mot sur Prévert : il est là, pleinement là, et donne aux dialogues une cadence unique, conférant au film, par sa combinaison à la mise en scène, cette mélancolie du désespoir. Les interprètes sont grandioses : à la fragilité lumineuse de Michèle Morgan répond la noirceur inquiétante de Michel Simon. Et pour les distraits et les jeunes, rappelons que c’est dans Le Quai des brumes que le working class hero Gabin dit : « T’as d’beaux yeux, tu sais ? », à Michèle Morgan.

 

LA BRUME
Personnage à part entière, la brume s’est parfois fait désirer sur le tournage. L’équipe a dû brûler du goudron dans de grands récipients en tôle et ainsi l’émanation obtenue faisait illusion. Limite du procédé : cette fumée noire et épaisse laissait un dépôt sur les costumes, les visages et les mains des comédiens…

 

LES DÉBUTS
Le Quai des brumes connut une émergence difficile. Le scénario est d’abord contrôlé par l’armée (on y parle de désertion). Une fois tourné, le film est ensuite coupé par le producteur, Grégor Rabinovitch. à la déclaration de guerre, en septembre 1939, le film, jugé « immoral, déprimant et fâcheux pour la jeunesse » fut interdit, notamment en raison de la présence d’un personnage déserteur. Cependant, le Comité d’Organisation de l’Industrie Cinématographique, créé en août 1940, permet au film de ressortir sur les écrans dès janvier 1941.

 

ACCUEIL POLITIQUE
Le film fait involontairement écho à l’inquiétude des français face à la montée des périls. L’extrême gauche comme l’extrême droite n’apprécièrent guère la noirceur anticonformiste de l’œuvre. En 1940, Vichy plaça le film au premier rang des œuvres auxquelles le gouvernement attribuait la responsabilité de la défaite. Ce à quoi répondit Marcel Carné : « On n’accuse pas un baromètre de l’orage qui vient. » Après guerre, la Centrale Catholique motivait sa sévérité par « l’atmosphère déprimante, le milieu crapuleux, le pessimisme désespéré de tout le film, les meurtres ou suicides qui le jalonnent. » Bien vu.

 





Le Quai des brumes
France, 1938, 1h31, noir et blanc, format 1.33

Réalisation : Marcel Carné
Scénario et dialogues : Jacques Prévert
d’après le roman de Pierre Mac Orlan

Assistants à la réalisation : Claude Walter
Photo : Eugène Schuftan et Louis Page
Musique : Maurice Jaubert
Montage : René Le Hénaff
Décors : Alexandre Trauner
Costumes : Coco Chanel
Production : Gregor Rabinovitch pour Ciné-Alliance

Interprètes : Jean Gabin (Jean), Michel Simon (Zabel), Michèle Morgan (Nelly), Pierre Brasseur (Lucien), édouard Delmont (Panama), Raymond Aimos (Quart Vittel), Robert Le Vigan (le peintre), René Génin (le docteur), Marcel Pérès (le chauffeur), Jenny Burnay (l’amie de Lucien), Roger Legris (le garçon d’hôtel), Martial Rèbe (le client)

Sortie en France : 18 mai 1938

Distributeur : Carlotta Films

Copie restaurée par StudioCanal et la Cinémathèque française, avec le soutien du Fonds Culturel franco-américain DGA-MPAA-SACEM-WGAW. La restauration de l’image a consisté à nettoyer le négatif original et obtenir un nouvel élément de préservation, élément qui a été scanné en 2K et complété par le tirage de 1938. L’étalonnage a été établi grâce à une copie d’époque. Le son a été restauré à partir du négatif son original et le format mono d’origine a été respecté.

 

Version reconstituée, incluant les plans censurés par le producteur.
Projection en avant-première de sa ressortie en salles.


 




Diaporama :
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Séances



Mercredi 16 novembre à 19h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Vendredi 18 novembre à 21h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Samedi 19 novembre à 15h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 20 novembre à 16h45, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Mardi 11 octobre à 20h00, 'MIONS / MIONS
Mercredi 12 octobre à 10h30, MA COMOEDIA / LYON 7
Vendredi 14 octobre à 20h30, ASTORIA / LYON 6
Dimanche 16 octobre à 14h30, E BELLECOUR / LYON 2
Mercredi 02 novembre à 21h00, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 06 novembre à 18h30, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8




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