Le Feu

Giovanni Pastrone (sous le nom de Piero Fosco)

Italie, 1916


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
À travers les roseaux aux bords d’un lac, un peintre naïf (Febo Mari) et une poétesse mystérieuse (Pina Menichelli) se rencontrent. Elle l’entraîne dans une relation passionnelle, qui ne laisse que des cendres derrière elle. Abandonné par son amante qui l’a publiquement renié, il perd l’inspiration et la raison.

Sous le pseudonyme de Piero Fosco, Giovanni Pastrone réalisa Le Feu un an après Cabiria, vaste fresque dépeignant une histoire d’amour sur fond de la Deuxième Guerre Punique et grand succès de l’année 1914. Adepte des scènes épiques grandioses, le cinéaste jouit alors d’une réputation internationale. « Nous ne retenons pas Piero Fosco [Pastrone] uniquement en tant qu’illustre cinéaste, mais comme personnalité telle qu’il fait converger à lui un pouvoir légitime, celui des espoirs de tant d’anxieux qui attendent la renaissance du cinéma italien » écrit Giuseppe Lega en 1928 dans La rivista cinematografica. Le Feu s’articule en trois parties symétriques, L’étincelle / La Favilla, La Flamme / La Vampa, La Cendre / La Cenere. Il est certainement l'un des premiers exemples de construction formelle du texte et de la narration, rassemblés de façon exemplaire et exclusive autour de la fulgurante histoire d’amour entre une poétesse illustre et un jeune peintre. Le film est indubitablement d’inspiration « dannunzienne » (il reprend également le titre d’un roman de Gabriele D’Annunzio), et constitue peut-être l’expérience linguistique la plus rigoureuse de Giovanni Pastrone. Dans une grande attention portée à la composition de l’image, le cinéaste joue sur deux tableaux. D’un côté, il élabore la mise en scène, sur le plan visuel et comme force de narration, et de l’autre il valorise la diva Pina Menichelli, femme-hibou et femme-serpent, femme fatale et « sombre lady » qui conquiert et anéantit sa proie. Nous sommes dans les années dix : le cinéaste obtient une scénographie consciente des exigences du tournage et du processus narratif, ainsi que de la nécessité de structurer l’échelle des plans et leur durée, le mouvement des acteurs et le montage.

 

MUSEE NAZIONALE

C’est Giovanni Pastrone lui-même qui a fait don de son film à cette belle cinémathèque de Turin, qu’on appelle Musée National du Cinéma de Turin. Le Feu fait partie de l’hommage rendu par le festival Lumière à Alberto Barbera et ses équipes.

 

PINA MENICHELLI

De 1913 à son retrait en pleine gloire en 1924 (Garbo fera de même quelques années plus tard), elle connut un succès inimaginable aujourd’hui. « J’étais en train, a raconté Giovanni Pastrone, de visionner une production concurrente lorsque je vois quelque chose qui me surprend. Je fis arrêter la projection, je découpai un photogramme et l’envoyai à mon correspondant à Rome avec l’ordre de m’amener au plus vite “l’inconnue”. » Avec Rudolf Valentino, qu’on retrouve dans le film de Rex Ingram, Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse, voilà deux stars du muet dont la trajectoire fut aussi fulgurante que saisissante. Elle disparut en 1984. En 1996, le festival de La Rochelle lui a rendu un hommage.

 

CRITIQUE DE L’ÉPOQUE

Dans la revue Cinemagraf, en 1916 : « Les paysages recherchés avec soin et choisis avec goût, les intérieurs élégants et non surchargés, pas d’habituels édifices modernes et grandioses, mais un vieux château aux lignes sveltes et bizarres. L’interprétation des deux rôles principaux ont séduit les plus exigeants des spectateurs, autant pour qui regarde Febo Mari, acteur expressif au visage sympathique, que le rôle de Pina Menichelli, aux formes voyantes et en même temps capable, grâce aux lignes peu classiques du visage, de restituer les aspects funèbres de la triste chouette. ».

 

INVENTION

Giovanni Pastrone a inventé la première machine à faire des travelling (celui que réalisa Alexandre Promio pour Lumière à Venise se fit, si l’on ose dire, « Cinématographe à l’épaule »). Grâce à celle-ci, il a influencé de nombreux réalisateurs dont David Griffith, avec Naissance d’une nation (Birth of a Nation, 1915). Lequel Griffith ne fit jamais mystère de son inspiration lorsqu’il réalisa Intolérance, en 1916.

 





Accompagnement au piano : Thibaud Saby

 

 

Le Feu
(Il fuoco)
Italie, 1916, 51 min, colorisé, format 1.33

Réalisation : Giovanni Pastrone (sous le nom de Piero Fosco)
Scénario : Giovanni Pastrone, Febo Mari
Photo : Segundo de Chomon
Production : Itala Film, Torino
Interprètes : Pina Menichelli (la poètesse), Febo Mari (le peintre Mario Alberti)
Sortie en Italie : 29 avril 1916
Sortie en France : 14 juillet 1916

 Ciné concert

 

Provenance de la copie : Museo del Cinema di Torino (Italie)

Copie restaurée numériquement par le Musée national du cinéma de Turin réalisée à partir d’un contretype négatif avec intertitres italiens, imprimé dans les années soixante, qui a servi de matrice à deux copies positives noir et blanc en 16mm et 35mm. Le contretype négatif, à son tour, provient d’un négatif nitrate disparu, non monté, sans intertitres, qui apporta des indications pour la coloration. L’analyse comparée des documents disponibles a mis en évidence de nombreuses incohérences entre l’hypothétique projet originel et les copies conservées. Le film a été reconstruit en respectant le montage rapporté dans la description des différentes parties dans le cahier de travail dans le « visto di censura » (un outil de censure datant de 1962 et valable en Italie, concédant une sorte de laisser-passer après le visionnage du film par des commissions spéciales, qui opèrent à deux niveaux : le jugement du premier degré, et l’éventuel appel), conservé au Musée de Turin.





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