No Man's Land

Victor Trivas

Allemagne, 1931


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
En 1918, cinq soldats de pays différents se retrouvent coincés dans le trou laissé par un obus pendant l’assaut. Les décombres d’une tranchée deviennent une poche où la fraternisation finit par s’installer. D’abord sur leurs gardes, ils apprennent à communiquer grâce au Noir (Louis Douglas), polyglotte. Leur présence détectée, ils doivent faire cause commune pour sortir indemnes d’un pilonnage massif. Que deviendront-ils à la fin des combats ?

En raison de son pacifisme affiché, le film (allemand) de Victor Trivas connut un sort douloureux. Ainsi, deux ans après sa présentation, les Nazis l’interdirent et détruisirent la plupart des copies. C’est dire l’importance de celle des Archives françaises, en version restaurée. La zone déserte qui, durant la guerre, s’étendait entre les fronts ennemis, et qui n’appartenait à personne, fut appelée « No Man’s Land ». Emblématique des aspirations fraternelles qui traversent l’entre-deux-guerres européen, le film est évidemment un appel à la tolérance et à l’échange entre les peuples, ambition qui a prévalu sur la sobriété de l’action et de l’histoire : « Ce simple récit, écrivait un critique en 1932, ne donne aucune idée de la beauté d’un tel film qui vaut plus par le prolongement de son idée que par ses images, pourtant d’une pure et émouvante nudité. La mise en scène de Trivas, ses prises de vues simples, certains tableaux d’hommes grandis par l’angle photographique et ces cadres épiques de ciels empanachés prouvent chez ce cinéaste d’origine russe un sens aigu de la science cinématographique, le goût du détail décoratif, et beaucoup d’humanité. » L’œuvre témoigne également de l’innovation technologique qui bouleverse l’écriture cinématographique en ce début des années 1930 : le son. Loin de laisser aux dialogues la conduite du récit, Victor Trivas confie à Hanns Eisler (qui signa en 1955 la partition du film d’Alain Resnais, Nuit et brouillard) la composition d’une bande musicale qui porte la dramaturgie et crée un environnement sonore qui rend la guerre palpable tout au long du film. No Man’s Land a obtenu de la part de la Société des Nations le second prix du meilleur scénario en faveur de la paix.

 

VERSION MULTIPLE

Comme c’était la tradition dans les années trente, le film fut tourné en une seule version parlée en trois langues (français, anglais et allemand). Le personnage russe a été rendu sourd et muet, ainsi, pas besoin de traduction ! Victor Trivas exprima (dans Pour Vous, 1932) sa préférence pour la version internationale lors du passage au parlant : « Chacun doit parler sa langue. Du reste, la parole au cinéma ne doit venir que lorsque c’est tout à fait indispensable. Le rythme des images et du son doit toujours être assez expressif pour exclure le commentaire. »

 

VICTOR TRIVAS

D’origine russe, il a émigré en Allemagne où il fut l’assistant de Pabst sur L’Amour de Jeanne Ney (1927), puis décorateur de théâtre, notamment à l’Opéra de Berlin. Fuyant le régime nazi, il s’arrêta en France tourner No Man’s Land, puis collabora au scénario des Otages de Raymond Bernard. En 1945, il émigra à Hollywood où il signa le scénario du Criminel (The Stranger, 1946) pour Orson Welles, et de Mark Dixon, détective (Where the Sidewalk Ends, 1950) pour Otto Preminger

 

LE CINÉMA AU-DELÀ DE LA GUERRE ?

Malgré son succès critique, il y eut des voix dissonantes : « Ce plaidoyer pour la paix est assez mal venu de nous être présenté par un metteur en scène d’outre-Rhin au moment où les partisans d’Hitler deviennent plus nombreux et plus arrogants que jamais », pouvait-on lire alors. Germaine Decaris, une journaliste, pratique l’ironie contre la censure : « La Commission de Contrôle, anxieuse de ne desservir la guerre d’aucune manière, a découvert que No Man’s Land donne à réfléchir. Il n’est pas bon que le peuple se laisse aller à songer, le système du monde risque d’en être déréglé. »

 

GEORGES PECLET

En 1932, la journaliste Aline Bourgoin dresse un portrait savoureux du comédien, qui joue l’un des personnages principaux. Elle le décrit comme le « type parfait du français. Grand, un visage régulier, un front intelligent, des yeux moqueurs. Il pourrait tout aussi bien être prince ou tourneur sur métaux, peintre ou prestidigitateur. Et il est artiste de cinéma ! »

 





No Man’s Land
(Niemandsland)
Allemagne, 1931, 1h21, noir et blanc, format 1.37

Réalisation : Victor Trivas
Scénario : Leonhard Frank et Victor Trivas
Photo : Conny Carstennsen
Musique : Hanns Eisler
Montage : Walther Stern
Décors : Arthur Schwarz
Son : Carl-Erich Kroschke
Production : Resco-Filmproduktion

Interprètes : Georges Péclet (Charles Durand, le Français), Ernst Busch (Emil Köhler, l’Allemand), Renée Stobrawa (Madame Kohler), Wladimir Sokoloff (Lewin, le Juif ), Elizabeth Lennartz (la femme de Lewin), Louis Douglas (le Noir), Rose Mai (Jeannette, la Française), Hugh Stephen Douglas (Charles Brown, l’Anglais), Zoe Frank (Madame Charles Brown)

Sortie en Allemagne : 10 décembre 1931
Sortie en France : 9 juin 1932

Provenance de la copie : Archives françaises du film du CNC

Copie restaurée d’après le négatif par les Archives françaises du film du CNC.





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