L'Ennemi public

William A. Wellman

États-Unis, 1931


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Chicago, années vingt. Tom (James Cagney) et Matt (Eddie Woods) sont inséparables depuis leur plus jeune âge. C’est ensemble qu’ils commettent leurs premiers larcins, c’est encore ensemble qu’ils deviennent trafiquants de bière pendant la Prohibition, devenant riches et puissants. Mais la guerre des gangs fait rage, et le frère de Tom (Donald Cook), de retour à la fin de la Seconde Guerre mondiale, échoue à le faire rentrer dans le droit chemin…

Attention, moment charnière pour le cinéma hollywoodien. Pour ce film âpre et efficace, William A. Wellman s’inspira de Blood and Beer, une histoire croisée de plusieurs gangsters écrite par deux scénaristes américains. Il décida de recentrer l’action autour de la vie de deux personnages, Tom et Matt, pour en faire un film de gangsters aux accents biographiques, avec des images d’une grande violence pour l’époque. En dépit d’une histoire traitée sur la longueur, le film possède une grande unité : dès les premières scènes, les hommes dans les cafés boivent de la bière, Tom et Matt adultes conservent les tics qu’ils avaient enfants (une manière de s’essuyer le nez) et leur caractère est déjà discernable alors qu’ils sont petits (Tom est déjà cruel, notamment envers les femmes : la scène du pamplemousse fait écho à la scène où Tom, enfant, fait tomber la soeur de Matt). Si les deux hommes sont toujours ensemble, c’est le personnage de Tom qui est central, grâce au jeu époustouflant de James Cagney dont la carrière va être lancée par ce rôle. Certaines scènes vont marquer l’époque, par exemple celle, extrêmement émouvante malgré le peu de sympathie que le spectateur a pour le personnage, où Tom se défend : « Je ne suis pas si dur que ça ! » Le critique et écrivain Gérard Legrand parlera d’un « film nerveux et sans fioriture, comme de coutume à la Warner Bros. L’Ennemi public fit une star de James Cagney, dans son premier grand rôle de gangster poupin, réglant à coups de feu la névrose collective d’une société. » Avec ce film, William A. Wellman voulait alerter l’opinion publique sur l’essor du banditisme et du trafic d’alcool, en prenant le contre-pied des films présentant les gangsters et les cow-boys comme des personnages virils et sympathiques : ici, l’agressivité et la violence sont gratuites, et l’absence de pitié n’est pas du courage mais de la cruauté. On assiste aux débuts éblouissants du film noir et aux changements du jeu des acteurs, à l’aube du cinéma parlant.

 

PAMPLEMOUSSE

Dans Amis américains, Bertrand Tavernier note que « les recherches de Wellman se révèlent extrêmement payantes et novatrices : on n’est pas près d’oublier la scène » où Tom écrase un demi-pamplemousse, qu’il est en train de manger, sur le visage de l’actrice Mae Clarke, sa compagne dans le film. Wellman raconte que l’origine de cette scène vient d’un souvenir personnel, un jour où il a eu envie, mais seulement l’envie, d’avoir le même geste envers sa femme. James Cagney et Mae Clarke semblent s’accorder sur une autre version : la scène aurait été tournée comme une blague, pour voir la réaction de l’équipe, et le réalisateur aurait finalement décidé de l’intégrer. Toujours est-il que des rassemblements de femmes ont eu lieu dans plusieurs villes du pays pour protester contre ce geste injurieux et, qu’inversement, des restaurateurs offrirent à plusieurs reprises des pamplemousses à James Cagney !

 

PRÉMISSES DU MACCARTHYSME ?

L’un des deux scénaristes, John Bright, a participé à la création du Syndicat des scénaristes. Cela lui a valu de se faire qualifier de « suppôt de Moscou ». Darryl F. Zannuck, producteur à la Warner et, entre autres de L’Ennemi public déclara : « Si je vois un piquet de grève devant le studio, je tire à la mitraillette » – méthode qu’emploient les gangsters dans le film qu’il produit. John Bright fut mis à l’index.

 

LES HASARDS D’UN DÉBUT DE CARRIÈRE

Au départ, James Cagney et Eddie Woods avaient tous deux été retenus, mais pour jouer chacun le personnage de l’autre. Après quelques prises, William A. Wellman s’aperçut de son erreur de casting et inversa les rôles.

 

1931 : GANGSTERS À L’ÉCRAN

L’année 1931 – soit deux ans après le krach boursier de Wall Street – sonne les débuts des grands films de gangsters au cinéma, parmi lesquels, aux côtés de L’Ennemi public de Wellman, on trouve Le Petit César (Little Caesar, Mervyn LeRoy, 1931), Les Carrefours de la ville (City Streets, Rouben Mamoulian, 1931) et Scarface (Howard Hawks, 1932).





L’Ennemi public

(The Public Enemy)
États-Unis, 1931, 1h23, noir et blanc, format 1.37


Réalisation : William A. Wellman
Scénario et dialogues : Harvey Thew d’après Beer and Blood de John Bright, Kubec Glasmon
Photo : Dev Jennings
Musique : David Mendoza
Montage : Edward McDermott
Costumes : Earl Luick
Décors : Max Parker
Production : Darryl F. Zannuck

Interprètes : James Cagney (Tom Powers), Jean Harlow (Gwen Allen), Eddie Woods (Matt Doyle), Joan Blondell (Mamie), Donald Cook (Mike Powers), Leslie Fenton (Nails Nathan), Beryl Mercer (Ma Powers), Robert O’Connor (Paddy Ryan), Mae Clarke (Kitty), Murray Kinnell (Putty Nose)

Sortie aux États-Unis : 23 avril 1931
Sortie en France : 11 septembre 1931

Distributeur : Action/Théâtre du Temple

Copie neuve retirée pour Lumière 2011

Ressortie en salles prochainement





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