Héros à vendre

William A. Wellman

États-Unis, 1933


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
En 1917, la guerre se pourrit dans les tranchées et, dans un camp comme dans l’autre, les combattants cèdent peu à peu à la lassitude. Chargé de s’emparer d’un nid de mitrailleuses, Roger Wiston (Gordon Westcott) flanche. C’est Tom Holmes (Richard Barthelmess), originaire de la même ville que Roger, qui se comporte en héros et capture un prisonnier. Mais, blessé, Tom est laissé pour mort sur le terrain. Roger ramène le prisonnier et reçoit les honneurs…

« Minées par une détresse et une colère légitimes, l’honnêteté et la solidarité vacillent dans ce monde inique qui invoque la fatalité pour masquer ses responsabilités », écrit Gérard Camy. Au début des années trente, Wellman retourne à la Warner pour réaliser deux films sur la Grande Dépression ; ils sortiront tous deux en 1933 : Héros à vendre (Heroes for sale) et Les Enfants de la crise (Wild boys of the Road). Malgré sa réputation de conservateur très réac, le cinéaste ne supporte pas l’injustice, d’où qu’elle vienne. Héros à vendre est une réflexion amère sur la guerre, la mesquinerie et la lâcheté des hommes. Wellman n’est pas tendre envers les États-Unis, qui jettent ses enfants à la rue et ne reclassent pas les anciens soldats. Le film dépasse le cas personnel : lorsque Richard Barthelmess reproche au banquier d’avoir profité de la guerre pour s’enrichir sans par ailleurs s’engager dans la guerre, c’est la société tout entière qui est accusée. Wellman a le courage de confronter les Américains aux problèmes que rencontre leur pays, quand le cinéma de l’époque préfère les comédies musicales et les films d’horreur. Jamais auparavant le cinéma d’Hollywood n’avait abordé ces problèmes sociaux avec autant de sévérité et de lucidité. « Audace suprême, on entend prononcer le mot “communisme”. Certes, dans Héros à vendre, le personnage du marxiste est récupéré par le système et Richard Barthelmess tente de s’opposer à la grève. Mais Wellman nous montre, outre une répression sauvage, les milices policières qui font la chasse aux rouges et cela de manière très critique. À ma connaissance, c’est l’un des seuls films qui y fasse allusion. Le dénouement refuse toute concession : les victimes de la Crise sont toujours sur les routes à mendier. » (Bertrand Tavernier, Amis américains, 2008)

 

LORETTA YOUNG

Loretta Young joue le rôle de la jeune et jolie blanchisseuse. Née en 1913 à Salt Lake City dans la patrie des Mormons, Loretta Young fut l’une des plus élégantes vedettes d’Hollywood. Elle a tourné plus de quatre-vingts rôles au cinéma. Dès l’enfance, elle fut figurante aux côtés de grandes vedettes, comme Rudolph Valentino. Elle fut dirigée par Borzage, Frank Capra, Cecil B. De Mille, Henry King, et tourna aux côtés de Cary Grant, Henry Fonda, Gary Cooper, pour n’en citer que quelques-uns. Elle se retire des écrans de cinéma dès 1953, entamant une carrière à la télévision en tant qu’actrice et productrice.

 

DURÉE

Quand aujourd’hui, plus un film hollywoodienne fait moins de 2h15, il faut noter le contraste avec les années trente et les films de Wellman en particulier. Qu’on en juge : Heroes For Sale dure 1h16, Night Nurse 1h12, The Public Enemy 1h23, Safe in Hell 1h13, Other Men’s Women 1h10, Wild Boys of the Road 1h08. Bizarrement, encore que pas tant que ça vu l’ampleur du projet, c’est son film muet Wings qui est son oeuvre la plus longue : 2h31.

 

VÉCU

William A. Wellman a participé à cette guerre comme pilote de l’escadrille La Fayette, à laquelle il a d’ailleurs consacré le dernier film de sa carrière, C’est la guerre (Lafayette Escadrille, 1958).

 

FIGURANTS

Toujours soucieux de ce réalisme qui fera la réputation de la Warner et du cinéma américain d’alors, Wellman employa de vrais mendiants, comme dans Les Mendiants de la vie, pour les scènes de bagarres, et de vrais employés pour les scènes de blanchisseries.

 





Héros à vendre

(Heroes for sale)
États-Unis, 1933, 1h16, noir et blanc, format 1.37


Réalisation : William A. Wellman
Scénario : Robert Lord et Wilson Mizner
Photo : James Van Trees
Musique : Bernhard Kaun
Montage : Howard Bretherton
Décors : Jack Okey
Costumes : Orry-Kelly
Production : Hal B. Wallis
Interprètes : Richard Barthelmess (Tom Holmes), Aline MacMahon (Mary Dennis), Loretta Young (Ruth Loring Holmes), Gordon Westcott (Roger Winston), Robert Barrat (Max Brinker), Berton Churchill (Mr. Winston), Grant Mitchell (George W. Gibson), Charley Grapewin (Pa Dennis), James Murray (l’aveugle)
Sortie aux États-Unis : 17 juin 1933

 

Provenance de la copie : Print courtesy of the Library of Congress (Washington)

Ayant-droit : Hollywood Classics




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