L’Étrange incident

William A. Wellman

États-Unis, 1943


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
1885, Nevada. Un fermier de la région, Kinkaid, aurait été assassiné, et son bétail volé. En l’absence du shérif mais commandée par son adjoint, une troupe de cow-boys, des brutes épaisses, organise une chasse à l’homme pour retrouver l’assassin. Un vieillard (Francis Ford), un Mexicain (Anthony Quinn) et un jeune homme (Dana Andrews) sont accusés. Quelques citoyens s’élèvent contre cette arrestation aussi illégale qu’arbitraire…

Curieux titre que cet Étrange incident, premier des quatre incursions que fera William A. Wellman dans le genre : comparé à la plupart des autres westerns tournés à l’époque, le film avait toutes les raisons de choquer : les conventions sont abandonnées et Wellman n’est absolument pas consensuel. « Tout Wellman est dans cette contradiction, écrit Bertrand Tavernier dans Amis américains. D’un côté l’anticommuniste militant, le réactionnaire, l’homme de droite, très remonté contre certains présidents démocrates, grand ami de Frank Capra dont il partage sans doute les idées politiques au même titre que Howard Hawks ; de l’autre, le bagarreur, l’anarchiste, le rebelle qui signe The Ox-Bow Incident. » Il y dénonce le lynchage, pendant haut et court le mythe des héros de l’Ouest américain. « Son film étudie des hommes, une société, un état d’esprit avec un regard impitoyablement accusateur qui, tout en le distinguant de la masse plus ou moins anonyme de la production western, témoigne de l’existence, dans ce genre, de préoccupations morales et philosophiques non étrangères à notre temps. » (Jean-Louis Rieupeyrout, La Grande Aventure du western, éditions du Cerf, 1964). L’Étrange incident est réalisé sept ans après Furie (Fury, 1936) de Fritz Lang et six ans après La Ville gronde (They won’t forget, 1937) de Mervyn LeRoy, violents réquisitoires contre le lynchage. À la grande différence près que Wellman utilise le western, genre par excellence du mythe américain, dont il condamne les excès. Vingt ans plus tard sortiront Douze hommes en colère (Twelve Angry Men, Sidney Lumet, 1957) et, dans un tout autre style, La Rumeur (The Children’s Hour, William Wyler, 1961). Cela pour ne citer que quelques chefs-d’oeuvre du cinéma américain dénonçant la justice expéditive, l’hystérie collective et la rumeur.

 

L’ENTÊTEMENT, OU LES BONS CÔTÉS D’UN MAUVAIS CARACTÈRE

Wellman aimait énormément le roman de Walter Van Tilburg Clark. Il avait depuis longtemps pour projet de l’adapter au cinéma. Mais les détenteurs des droits voulaient imposer Mae West, actrice que Wellman trouvait ridicule. Il a donc racheté les droits pour avoir une totale liberté de casting.

 

FONDUS DE FONDA

Durant toute la période où il a été sous contrat à la Fox, Henry Fonda n’a été que peu satisfait de la qualité des films dans lesquels il a tourné. Sauf deux : Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath, John Ford, 1940) et L’Étrange incident. Quand il s’enrôla dans la Marine de guerre des États-Unis pour combattre durant la Seconde Guerre mondiale, il déclara : « Je ne veux pas être dans une fausse guerre dans un studio. »

 

UNE PRODUCTION ENGAGÉE

Darryl F. Zanuck, vice-président chargé de la production à la 20th Century Fox, insista pour que Wellman ait carte blanche, estimant qu’il était de l’honneur du studio de produire un tel film : « Ça ne fera jamais d’argent. Ce peut être un grand film de prestige, et c’est pour cela que je vous le laisse faire. » (propos rapportés par William A. Wellman lors d’une interview par Curtis Lee Hanson en 1966).

 

CENSURE

La scène où le shérif ferme les yeux sur le lynchage déclencha des problèmes de censure : dans une lettre datée de juin 1942, le directeur de la Production Code Administration, chargée du Code Hays, écrit : « Le scénario sera approuvé si : le suicide du Major Tetley est conservé car il constitue un châtiment pour le meneur de la troupe qui a commis le lynchage ; la dénonciation du lynchage par Davis est maintenue ; le film laisse entendre que l’intégralité du groupe sera arrêté ; le personnage de Gil est plus humain et actif pour défendre les trois hommes. »

 





L’Étrange incident
(The Ox-Bow Incident)
États-Unis, 1943, 1h15, noir et blanc, format 1.37

Réalisation : William A. Wellman
Scénario : Lamar Trotti d’après le roman de Walter Van Tilburg Clark
Photo : Arthur Miller
Musique : Cyril J. Mockridge
Montage : Allen McNeil
Directeur artistique : Richard Day, James Basevi
Décors : Frank E. Huges, Thomas Little
Costumes : Earl Luick
Production : Lamar Trotti
Interprètes : Henry Fonda (Gil Carter), Dana Andrews (Donald Martin), Mary Beth Hughes (Rose Mapen), Anthony Quinn (Le Mexicain), William Eythe (Gerald), Henry Morgan (Art Corft), Jane Darwell (Ma Grier), Matt Briggs (le juge), Harry Davenport (Davis), Francis Ford (le vieil homme)
Sortie aux États-Unis : 8 mai 1943
Sortie en France : 8 septembre 1948

Provenance de la copie : Archives françaises du film du CNC

Ayant-droit : Hollywood Classics




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