Édouard et Caroline

Jacques Becker

France, 1951


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Édouard (Daniel Gélin) et Caroline (Anne Vernon) sont jeunes mariés et amoureux. Ils se préparent à se rendre à une soirée mondaine organisée par l’oncle de Caroline (Jean Galland), durant laquelle Édouard, qui est pianiste, doit y jouer une étude de Chopin afin d’être présenté et de se faire connaître. Mais un veston introuvable, une robe retouchée, puis une gifle et une demande de divorce, viennent perturber cette soirée agitée…

Édouard et Caroline est une aimable comédie de moeurs qui fustige en souriant, l’air de rien, la pauvreté intellectuelle de la haute bourgeoisie. À partir de petits détails, Becker construit une joyeuse et fine satire sociale. Le réalisateur oppose la bohème artiste au monde des salons, en reprenant le comique de caractère et de situation, procédé traditionnel des comédies américaines, mais sans gags burlesques. On rit franchement, par exemple, de ce Monsieur Beauchamp qui prononce le nom de sa nièce à l’américaine, Carolaïne. Comme toujours chez Becker, l’interprétation est un régal : Daniel Gélin et Anne Vernon sont admirables et lumineux, comme les seconds rôles tenus par la troupe de Becker. Pourtant, Anne Vernon se rappelle que le tournage n’a pas été une partie de plaisir : « L’atmosphère sur le plateau était survoltée. Le producteur, qui n’avait aucune confiance dans le script, ne s’engageait que sur le minimum et nous avait fait des contrats misérables. Cinq semaines et pas un jour de plus étaient prévues pour le tournage et tout retard devait être remboursé par Jacques Becker. » Délais d’autant moins faciles à tenir que Daniel Gélin, outre qu’il était en cure de désintoxication, répétait parallèlement une pièce de théâtre. Mais le délai a été tenu. Édouard et Caroline est la première collaboration de Jacques Becker avec sa nouvelle compagne Annette Wademant. La jeune femme, de vingt ans sa cadette, est sous l’influence de Proust, qu’elle vient de lire. Elle écrit le scénario en un mois, d’un seul trait, fortement influencée par la critique de la bonne société. Mais c’est aussi sa vie de couple qui l’inspire : leur relation était orageuse, ils étaient rarement d’accord, et Annette Wademant profitait parfois de ce que Jacques Becker avait le dos tourné pour déplacer la caméra, ce qui provoquait beaucoup de hurlements, et de tension.

 

ACCUEIL CRITIQUE

Annette Wademant se souvient : « À Cannes, le film était programmé l’après-midi en outsider, alors que le film de Carné avec Gérard Philipe (Juliette ou la clé des songes) qui était très attendu était programmé le soir. Et ça a été triomphal pour nous. C’est Cocteau et des acteurs, des gens de la profession, qui ont reconnu le ton profondément nouveau de ce film. C’est ce que m’ont dit Truffaut et Godard par la suite, Truffaut m’a dit que ça les avait encouragés à faire des films.»

 

CAMÉRA

Pour rendre le sentiment d’intimité plus fort, Becker installe la caméra à la place du miroir dans lequel se regarde le couple. Édouard s’habille face à nous, Caroline saute pour essayer de se voir entièrement, puis va chercher des livres et monte dessus. Ces gags font penser à ceux de la Nouvelle Vague (Tirez sur le pianiste, Truffaut, 1960 ; Adieu Philippine, Jacques Rozier, 1960). L’intimité est également accentuée par les tenues vestimentaires, puiqu’on voit Édouard en slip et Caroline en déshabillé.

 

DANIEL GÉLIN

Daniel Gélin a étudié au Cours Simon, puis au Conservatoire où il est l’élève de Louis Jouvet. Pendant une dizaine d’années, sa carrière piétine, il ne décroche que des rôles secondaires. Mais Becker lui donne sa chance dans Rendez-vous de juillet, et il joue de nouveau un premier rôle dans Édouard et Caroline. Entre les deux, Gélin n’a tourné que dans La Ronde (Max Ophuls, 1950) aux côtés de Gérard Philipe, mais sa carrière est lancée. S’il n’a pas été un acteur prolifique, il a toujours été remarqué dans ses interprétations (L’Homme qui en savait trop/The Man who Knew Too Much, Hitchcock, 1956 ; Paris brûle-t-il ?, René Clément, 1966).

 





Édouard et Caroline
France, 1951, 1h25, noir et blanc, format 1.37

Réalisation : Jacques Becker
Scénario : Annette Wademant, Jacques Becker
Dialogues : Annette Wademant
Assistant à la réalisation : Marcel Camus, Michel Clément
Photo : Robert Lefebvre
Musique : Jean-Jacques Grünenwald
Montage : Marguerite Renoir
Décors : Jacques Colombier
Production : Union Générale Cinématographique, Compagnie Industrielle et Commerciale Cinématographique

Interprètes : Daniel Gélin (Édouard Mortier), Anne Vernon (Caroline Mortier), Jacques François (Alain Beauchamp), Jean Galland (Claude Beauchamp), Betty Stockfeld (Lucy Barville), Elina Labourdette (Florence Borch), William C. Tubbs (Spencer Borch), Jean Toulout (Barville), Yette Lucas (Mme Leroy, la concierge), Grégoire Gromoff (Igor, l’extra), Jean Marsac (Foucart), Jean Riveyre (Julien), Hélène Duc (Olivia), Edmond Ardisson (le coiffeur), Jean-Pierre Vaguer (Ernest)

Sortie en France : 6 avril 1951

Distributeur : Les Acacias pour StudioCanal

Copie restaurée par Studio Canal





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