Touchez pas au grisbi

Jacques Becker

France, 1954


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Max (Jean Gabin) et Riton (René Dary) viennent de réaliser un gros coup : cinquante millions en lingots d’or à Orly, cela sans que le Milieu en découvre les auteurs. De quoi se mettre à la retraite. Mais Riton confie le secret à Josy (Jeanne Moreau), sa maîtresse, qui le répète à Angelo (Lino Ventura), son amant, un trafiquant de drogue montmartrois. Angelo enlève Riton et propose à Max un échange : Riton contre le grisbi…

Touchez pas au grisbi sort sur les écrans un an après la parution du roman d’Albert Simonin dans la Série Noire. Une adaptation fidèle, contrairement à celles des deux autres tomes de la trilogie (Le Cave se rebiffe, Gilles Grangier, 1961 et Les Tontons flingueurs, Georges Lautner, 1963). Becker travaille avec l’auteur sur le scénario et les dialogues. Il dira que de Simonin, Griffe et lui, c’était Simonin le moins soucieux de la fidélité du film au roman. L’écrivain garde un bon souvenir de leur collaboration : « Dès que nous avons commencé à travailler, il faisait constamment des références à son oeuvre, et, comme il était très subtil, très intelligent, très courtois, il ne s’est pas formalisé quand il s’est rendu compte que je n’avais vu qu’un seul de ses films. Ensuite, pour la clarté de l’exposition de notre débat, il m’a fait une série de projections. Il m’a tout appris, il a même eu le souci de me faire essayer les viseurs depuis le balcon. » (Jacques Becker ou l’exercice de la liberté, Valérie Vignaux, Céfal, 2000). Jacques Becker propose le rôle de Max à Daniel Gélin, qui refuse : il se sent trop jeune. Il lui suggère immédiatement Gabin, au fond du trou depuis son retour d’Amérique après la guerre. Quant au personnage d’Angelo, il est confié à Lino Ventura, ancien champion d’Europe de lutte, qui démarre avec ce film la grande carrière qu’on lui connaît. Ce sont également les débuts d’assistant de Jean Becker, le fils du réalisateur, qui a vingt ans à l’époque. Il se souviendra du bonheur éprouvé par son père de retrouver Gabin, rencontré sur les films de Renoir quand il en était l’assistant. Jacques Becker inaugure une nouvelle forme de films noirs dans lesquels les gangsters sont humains. Il influence des réalisateurs tels Jules Dassin et Jean-Pierre Melville. Car si Touchez pas au grisbi est bien un film noir, il chamboule complètement les règles du genre : on a bien une scène de poursuite en voiture et de tirs à la mitraillette, mais le film débute après le casse, et Gabin préfère aller dormir plutôt qu’aller au cabaret : « Après minuit, j’ai l’impression de faire des heures sup’ », dit-il. Raymond Chirat parle de « ces truands sur le retour obligés de sortir de leurs pantoufles et de se précipiter, bon gré mal gré, sur le sentier de la guerre. » (La IVe République et ses films, 5 continents et Hatier, 1985). Un film sur l’amitié et sur le vieillissement.

 

JEAN GABIN

Gabin, exilé aux États-Unis aux débuts de l’Occupation puis engagé dans les Forces Françaises Navales libres de De Gaulle, n’est plus la vedette qu’il était avant-guerre. Il tournera de beaux films qui, contrairement à la légende, rencontreront le succès, mais c’est avec le Grisbi qu’il retrouvera véritablement son statut. Il obtiendra aussi le prix du meilleur acteur au festival de Venise. Autre moment fondamental dans sa vie sur le plateau du Grisbi : sa rencontre avec Lino Ventura.

 

 

L’ACTEUR

Jacques Becker hésitait beaucoup sur les acteurs. Il pouvait observer quelqu’un plusieurs mois avant de se décider à le retenir. Mais cela pouvait aussi se passer tout autrement. Pour le rôle de Pierrot, il avait pensé à Bernard Blier, mais trouvait qu’il correspondait justement trop au personnage. Un jour, dans un couloir des studios de Billancourt, Jacques Becker croise Paul Frankeur venu faire réparer une chaise par l’un des menuisiers du studio. Jacques Becker l’arrête et lui dit : « Bonjour, tu es libre en ce moment ? » « Oui. » « Alors tu joues Pierrot. »

 

 

MUSIQUE

Le thème musical de Touchez pas au grisbi est l’un des plus connus du cinéma. Plutôt que Jean-Jacques Grünenwald avec qui il avait travaillé plusieurs fois, Becker aima la musique que Jean Wiener lui envoya, un mélange de jazz et de thèmes classiques inspirés par la musique de Bach. Emballé, il lui demanda de composer la musique du film.

 

 

ALBERT SIMONIN

Touchez pas au grisbi est le premier roman d’Albert Simonin dont il faut dire aux jeunes générations qu’il fut, sinon le premier, le plus célèbre à « parler voyou. » Pierre Mac Orlan ne s’y trompa pas, lui qui préfaça le roman à sa sortie. Le style de Simonin le vouait naturellement au cinéma. On lui doit les scénarios du Feu aux poudres de Decoin (1957), du Cave se rebiffe (1961) ou du Gentleman d’Epsom (1962) de Grangier, de Mélodie en sous-sol de Verneuil (1963), etc.

 

 

SCÈNES MÉMORABLES

Celle où Max, seul chez lui, comprend que Riton s’est fait enlever. Il entame alors un monologue intérieur, qu’on entend en voix off, pendant lequel il peste et ronchonne en pensant à toutes les fois où Riton les a fichus dans la panade. LE moment du film ! Max et Riton enfermés-réfugiés à l’hôtel, hommes d’un certain âge unis par l’amitié et l’intimité : on les découvre dans les mêmes pyjamas, ils ont la même façon de se brosser les dents, et la même brosse à dents.

 





Touchez pas au grisbi
France, Italie, 1954, 1h34, noir et blanc, format 1.37

Réalisation : Jacques Becker
Scénario : Jacques Becker, Maurice Griffe, Albert Simonin d’après le roman Touchez pas au grisbi d’Albert Simonin
Dialogues : Albert Simonin
Assistant à la réalisation : Jean Becker, Marc Maurette, Jean-François Hauduroy,
Photo : Pierre Montazel
Musique : Jean Wiener
Montage : Marguerite Renoir
Décors : Jean d’Eaubonne
Production : Del Duca Films, Antares Films
Interprètes : Jean Gabin (Max le Menteur), René Dary (Riton), Jeanne Moreau (Josy), Dora Doll (Lola), Paul Frankeur (Pierrot), Lino Ventura (Angelo), Delia Scala (Huguette, la secrétaire d’Oscar), Marilyn Buferd (Betty), Gaby Basset (Marinette), Denise Clair (Mme Bouche), Michel Jourdan (Marco), Daniel Cauchy (Fifi le Dingue), Paul Oettly (Oscar), Vittorio Sanipoli (Ramon), Angelo Dessy (Bastien)
Sortie en France : 17 mars 1954

 

Distributeur : Les Acacias pour StudioCanal

Copie restaurée par Studio Canal





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