Dites-lui que je l'aime

Claude Miller

France, 1977


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
David (Gérard Depardieu) est comptable dans une usine de province. Sérieux dans sa vie publique comme dans sa vie privée, il vit en célibataire dans un petit logement modeste. à l’exception d’un collègue, on ne lui connaît ni liaison amoureuse ni ami. Il passe tous ses week-ends au chevet de ses parents malade. Il est le préféré de l’immeuble. Mais cette petite vie tranquille ne l’est pas tant que ça…

Grand film devenu méconnu, Dites-lui que je l’aime est un film de pluie, de froid, de neige. Un film d’hiver, le film du cœur d’un homme emprisonné dans un amour gelé. Dans une Savoie sauvage splendidement photographiée par Pierre Lhomme, Claude Miller évoque l’amour fou, obsessionnel, qui tourne à la névrose, dans une œuvre convulsive où Gérard Depardieu et Miou-Miou effraient. Miller raconte avoir choisi Depardieu pour son physique : il cherchait un acteur qui dégage une grande force physique, pour aller y chercher la fêlure, car « elle existe chez tout le monde, et c’est toujours spectaculaire que d’aller la chercher. » Le cinéaste, qui sortait de la réussite de La Meilleure façon de marcher, avec Patrick Dewaere l’alter-ego de Gérard Depardieu, avait le désir de réaliser un film de suspense (le livre est adapté de Patricia Highsmith), mais pas un film policier : dans Dites-lui que je l’aime, ni le ressort ni la crédibilité de l’histoire ne passent par le meurtre mais par l’amour, sentiment qui pousse les gens à se regarder, se guetter, s’épier. Dans ses crises de colère, David n’est pas hors de lui mais justement totalement en lui-même. Si David offre Moby Dick à Lise (Dominique Laffin), c’est pour lui faire comprendre que, comme Achab, il préfèrera mourir que renoncer à celle qu’il convoite. À noter les premiers rôles de ceux qu’on reverra beaucoup dans le cinéma français dans les années quatre-vingt et la très belle musique d’Alain Jomy, qui donne au film un ton et une justesse qui contribuent beaucoup à sa réussite.

 

TRAVAILLEUR

En 1977, sortant l’année précédente de 1900 de Bertolucci, de La Dernière Femme de Marco Ferreri et Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio, Gérard Depardieu tourne quatre films : René la Canne du regretté Françis Girod, La Nuit tous les chats sont gris de Gérard Zing qui ressort en copies neuves en France, et deux Duras : Le Camion et Baxter, Vera Baxter.

 

ROMAN

Le film est adapté d’un polar de 1960 de Patricia Highsmith (Ce mal étrange [This Sweet Sickness – en français “cette douce maladie”]). Claude Miller a gommé l’intrigue policière, qui pourrait se résumer ainsi : « Depuis qu’Annabelle, son ancienne amie, s’est mariée, David Kelsey passe tous ces week-ends dans une maison qu’il a loué sous un nom d’emprunt et où il s’imagine, dans une sorte de rêve, qu’il la retrouve. Cela, jusqu’au jour où le mari d’Annabelle... » Son premier roman, publié en 1950, avait remporté un vif succès : c’était L’Inconnu du Nord-Express, adapté en 1951 par Alfred Hitchcock. Elle inspirera également René Clément, Claude Autan-Lara, Wim Wenders, Michel Deville.

 

DOMINIQUE LAFFIN

Révélée par Claude Miller, elle fut surtout une extraordinaire Femme qui pleure chez Jacques Doillon (en 1979), qui lui valut d’être nominée aux César. Puis elle tourna avec Jean-Marie Poiré, Marco Ferreri, Claude Sautet, et beaucoup d’autres. Elle a aussi joué avec Depardieu à deux reprises : Dites-lui que je l’aime puis la même année La Nuit tous les chats sont gris. Carrière courte, existence difficile parsemée de pas mal de grands films comme Tapage nocturne de Catherine Breillat, en 1979. Elle est morte prématurément à l’âge de trente-trois ans. « Elle eut ce terrible privilège de ressembler personnellement à un moment collectif de l’histoire des femmes dans le cinéma. Ce furent son corps lent, l’extraordinaire mobilité de son regard, sa voix lasse et son visage lunaire qui marquèrent – pour trop peu de temps – le cinéma français. » (Serge Daney)

 





Dites-lui que je l’aime
France, 1977, 1h47, couleur, format 1.66

Réalisation : Claude Miller
Adaptation et dialogues : Claude Miller, Luc Béraud d’après le roman Ce mal étrange de Patricia Highsmith
Photo : Pierre Lhomme
Musique : Alain Jomy
Montage : Jean-Bernard Bonis
Décors et costumes : Hilton McConnico
Production : Maurice Bernart, Hubert Niogret

Interprètes : Gérard Depardieu (David Martinaud), Miou-Miou (Juliette), Claude Piéplu (Chouin), Jacques Denis (Gérard Dutilleux), Dominique Laffin (Lise), Christian Clavier (François), Josiane Balasko (Nadine)

Sortie en France : 28 septembre 1977

 

Provenance de la copie : Cinémathèque française





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