Montparnasse 19

Jacques Becker

France, Italie, 1958


Séance exceptionnelle le Alpha Cinéma
Au lendemain de la Grande Guerre, dans un Montparnasse tumultueux et ingrat, Amedeo Modigliani, un peintre (Gérard Philipe) brûle sa vie dans l’alcool et l’amour. Il rencontre Jeanne (Anouk Aimée) ; ils s’éprennent l’un de l’autre. Issue d’un milieu aisé et catholique, la jeune femme quitte sa famille et devient sa compagne, généreuse et attentive. Malgré l’amour de Jeanne et l’amitié de son voisin Zborowski (Gérard Sety), les échecs s’accumulent, l’alcool et la maladie rattrapent Modigliani…

Montparnasse 19 est un film sur les dernières années de Modigliani, non un film sur la peinture mais sur l’amour : l’amour de la peinture et de la création, l’amour de la femme, l’amour de la boisson. C’est Max Ophuls qui le commence mais il décède en pleine préparation. Avant de mourir, il avait demandé à son producteur que le film soit terminé par Jacques Becker : avec Rossellini, Tati, Cocteau et quelques autres, Becker avait défendu Lola Montès (Max Ophuls, 1955), échec public et critique. Becker accepte donc par fidélité à ce cinéaste qu’il admire. Montparnasse 19 va être l’illustration des deux tendances qui s’opposent à cette époque : Henri Jeanson, le scénariste, et Jacques Becker vont s’affronter violemment (jusqu’au dépôt d’une plainte). Becker reproche à Jeanson des dialogues trop littéraires et une vision du cinéma où priment le sujet et le scénario. Becker – et l’on comprend pourquoi la Nouvelle Vague s’est emparée de lui – défend la primauté de la mise en scène et revendique une place de créateur. Becker fait peu de recherches sur l’époque et la vie du peintre, il ne s’attache pas à la vérité historique. Son but n’est pas de faire une biographie fidèle et pédagogique. Il s’intéresse à l’artiste, à l’homme face à la création, pas à son oeuvre. Il dira d’ailleurs que si on l’avait laissé faire, le nom de Modigliani n’aurait pas été prononcé, et qu’aucun de ses tableaux n’aurait été montré. Contrairement à son habitude, Becker n’est pas particulièrement fidèle au Montparnasse des années vingt. Par contre, il fait très attention aux menus détails : le paquet de gris, la boîte d’allumettes à languette, les appliques Picon… À sa sortie, le film est relativement incompris, par le public comme par la critique, mais il sera défendu par certains, comme Godard : « À chaque vingtquatrième de seconde, gros plans, raccords dans l’axe, mouvements de grues, travellings optiques, panoramiques filés posent cette question : qu’est-ce que le cinéma ? Et au lieu d’y répondre, chaque plan pose de nouveau la même et lancinante question : qu’est-ce que le cinéma ? Je donnerais tout le cinéma français d’après-guerre contre le seul plan, mal joué, mal cadré, mais sublime, où Modi demande cinq francs de ses dessins à la terrasse de la Coupole. » Un film sensible et bouleversant sur la relation passionnée mais impossible entre un artiste et sa compagne, sur l’acte créateur en ce qu’il devient autodestructeur.

 

COULEUR OU NOIR & BLANC

Alors que c’est un film sur la peinture, Becker choisit le noir et blanc, après deux films en couleur : « La couleur distrait dans un film dramatique. Si j’ai choisi le noir et blanc, c’est parce que les regards auront une très grande importance. Or dans les plans généraux en couleur, tout prend un relief trop accentué et les regards des personnages perdent de leur force. »

 

CHUTE FINALE

Pour Gilbert Chain, cadreur sur Montparnasse 19, le tournage fut un défi. Il raconte : « Il m’a demandé des choses très difficiles tel le plan de la chute finale de Gérard Philipe où j’ai dû partir d’un plan moyen en zoomant moi-même du 35 au 75,8 mm pour terminer en gros plan, sans aucune bavure ; ce qui donne cette impression de vertige. On a dû recommencer au moins sept fois car Gérard ne tombait jamais au même endroit. »

 

FIGURE DE L’ARTISTE

La figure du peintre au cinéma n’est pas nouvelle. Deux ans auparavant, Vincente Minnelli réalise La Vie passionnée de Vincent van Gogh/Lust for Life (1957) incarné par Kirk Douglas et, en 1952, John Huston avait réalisé Moulin rouge, sur la figure de Toulouse Lautrec. D’un côté des peintres : Rembrandt, Michel-Ange, Munch, Picasso… En face, des cinéastes : Renoir, Carné, Mizoguchi, Demy... Et au milieu, d’autres génies, ces acteurs qui incarnent des personnages tout aussi différents que les comédiens le sont les uns des autres, tout aussi multiples qu’ils le sont eux-mêmes.

 

ANOUK AIMÉ

Elle n’a que 26 ans, mais Anouk Aimé occupe déjà une place très belle dans le cinéma français lorsque Becker lui demande de jouer Jeanne. Henri Calef, André Cayatte, Julien Duvivier, Henri Decoin et surtout Alexandre Astruc (Le Rideau cramoisi (1953), Les Mauvaises rencontres (1955)) l’ont déjà eue devant leur caméra. Restent à venir : Fellini, Demy, Lelouch, Franju, Bellochio, Lattuada, Risi et récemment le Philippe Claudel de Tous les soleils.

 





Montparnasse 19
France, Italie, 1958, 1h49, noir et blanc, format 1.66

Réalisation : Jacques Becker
Scénario : Max Ophuls, Henri Jeanson, Jacques Becker d’après le roman Les Montparnos de Michel Georges-Michel
Dialogues : Max Ophuls
Assistant à la réalisation : Serge Witta, Jean Becker
Photo : Christian Matras
Musique : Paul Misraki
Montage : Marguerite Renoir
Décors : Jean d’Eaubonne
Production : Franco-London-Film, Astra Cinematografica
Interprètes : Gérard Philipe (Amedeo Modigliani), Anouk Aimée (Jeanne Hébuterne), Lilli Palmer (Béatrice), Gérard Sety (M. Zborowski), Lino Ventura (Morel), Lea Padovani (Rosalie), Marianne Oswald (Berthe Weil), Lila Kedrova (Mme Sborovski), Arlette Poirier (Lulu), Robert Ripa (Marcel), Frank Edwards (Dickson), Daniel Mendaille (le professeur de dessin), Jean Lanier (M. Hébuterne), Denise Vernac (Mme Hébuterne)
Sortie en France : 4 avril 1958

 

Distributeur : Gaumont

Copie restaurée par Gaumont pour Lumière 2011, images étalonnées et restaurées en 2K d’après le négatif original, et son restauré d’après éléments originaux




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