Les Enfants du paradis


Marcel Carné
France, 1945



 


Pathé, avec la participation de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, des laboratoires l'Immagine Ritrovata / Bologne, Eclair Groupe & LE Diapason / Paris, des Archives françaises du film  et de la Cinémathèque française a restauré Les Enfants du paradis dans son format et son d'origine. Cette copie, issue de la restauration 4K image et de la restauration sonore, ressort en salles en décembre 2011. Elle a été présentée en avant-première à Lumière 2011.

 

 

 

Paris, sous Louis-Philippe. Boulevard du Crime, parmi les acteurs et les bateleurs, l'amour et la mort jouent la comédie. C'est d'ici que part la ronde capricieuse du destin qui contrarie toujours l'amour de la belle Garance et du mime Jean-Baptiste Deburau. Autour d'eux, d'autres destins se jouent : celui de Lacenaire, dandy assassin, celui de Nathalie qui épouse Jean-Baptiste sans parvenir à effacer le souvenir de sa rivale, celui de Frédérick dont la seule passion reste finalement le théâtre…

 

 

Ce qu’on appelle « un monument du cinéma ». 3h10. Marcel Carné déclarait s’être très vite rendu compte que le film serait long. André Paulvé, son producteur (aussi celui des Visiteurs du soir, montré à Lumière 2009), lui proposa de le scinder en deux époques successives (« J’ai accepté, raconta Carné, à la condition que, pour l’exclusivité parisienne, on le projette en une seule fois. ») Avec Jacques Prévert, qui signe le scénario et les dialogues, ils baptisèrent la première partie Le Boulevard du Crime. Elle décrit la rencontre entre la belle Garance, interprétée par la formidable Arletty et son illustre gouaille, déjà dirigée trois fois par le cinéaste auparavant, avec deux hommes : le dandy Deburau et le comte de Montray, interprétés par Jean-Louis Barrault et Louis Salou. L’Homme blanc, la deuxième partie, raconte six ans après la destinée des personnages. Malgré sa longueur et l’augmentation du prix de la place, le film obtient à sa sortie un succès colossal en demeurant à l’affiche pendant plus de quarante-cinq semaines ! Jacques Lourcelles, dans Le Dictionnaire des films du cinéma (1995) évoque les personnages des Enfants du paradis : « Moitié êtres de chair et de passion, moitié fantômes, le monologue est leur moyen d’expression privilégié. ». C’est aussi au réalisateur qu’il tresse des éloges : « Comme toujours chez Carné quand il est inspiré, le classicisme minutieux et artisanal de son style fait du film une oeuvre d’équilibre, prête à affronter l’éternité. » Sans tomber dans le piège d’une virtuosité technique superflue, on est en effet subjugué par la mise en valeur du scénario et de sa fluidité, la caméra se posant avant tout comme révélatrice d’une époque. Cet immense classique du cinéma est ici proposé en copie restaurée par Pathé, effectuée grâce à la collaboration des laboratoires de l’Immagine Ritrovata, Éclair et Le Diapason, redonnant à ce chef-d’oeuvre son éclat majestueux.


CONTEXTE

Le tournage commence août 1943 au studio de la Victorine à Nice. « Les conditions de réalisation sont très chaotiques, liées aux aléas de la Seconde Guerre mondiale. Les prises de vues s’arrêtent après trois semaines de tournage. De violents orages endommagent les décors, qui avaient nécessité 67 500 heures de travail. 1 800 figurants sont parfois réunis en même temps sur le plateau. » (Carole Aurouet, Maître de conférences, dans le dossier de presse du film pour Cannes Classics). Malgré les interdictions allemandes de tourner la nuit et de faire un film excédant 2 750 mètres de pellicule (et le film en comptera 5 000 !), l’équipe tient bon et termine, dans les studios Pathé qui a repris le film, à la mi-avril 1944.

 

L’ART DE LA DÉBROUILLE

Les restrictions compliquèrent sérieusement la tâche du cinéaste. Ainsi, comme on manquait de textiles, les figurants masculins furent divisés en deux catégories : les assis et les debout. Seuls les « debout » avaient un costume entier. Aux « assis » on ne fournissait pas de pantalon, mais seulement la veste ou la redingote qu’ils enfilaient sur leurs propres vêtements !

 

NAISSANCE DE L’ŒUVRE

Dans l’une de ses dernières interviews, Marcel Carné raconte la genèse du film à François Forestier (Studio Magazine, 1991): « Barrault est à l’origine des Enfants du paradis. Il raconte, à Prévert et à moi, une histoire qui est arrivée au célèbre mime Jean-Gaspard Deburau. Ce dernier se promène Boulevard du Crime avec une maîtresse à son bras. Il y a un ivrogne qui interpelle la dame, Deburau le repousse avec sa canne, et avec l’obstination des ivrognes, le type revient à la charge et traite la femme de tous les noms. Deburau, furieux, flanque un coup de canne au type, de façon si malencontreuse qu’il l’étend raide mort! Le Tout-Paris se pressa au tribunal pour entendre la voix du mime pour la première fois ! »

 

POSTÉRITÉ

Carole Aurouet : « Le 31 décembre 1946, Jacques Prévert est nominé dans la catégorie du Meilleur Auteur de scénario original pour les Oscars. Mais le 13 mars 1947, jour de la cérémonie, il ne reçoit pas la célèbre statuette. Les années passent, le film conquiert un large public dans le monde entier. En 1995, pour célébrer les cent ans du cinéma, un jury de journalistes et d’historiens établit une liste de 1000 longs métrages à partir des 20000 tournés entre 1944 et 1994. Il la soumet à un vote. Avec 688 voix sur 822, LES ENFANTS DU PARADIS est élu Meilleur Film.»

 

SORTIE EN SALLES

En 1945, Les Enfants du Paradis est troisième du box-office français avec 4,7 millions d’entrées derrière La Cage aux rossignols de Jean Dréville (5 millions d’entrées) et Le Dictateur de Chaplin (8 millions d’entrées). A noter que, rareté des films américains oblige et à l’exception du Chaplin (film majoritairement muet), on ne trouve que des films français dans les dix premiers du classement.

 

Les Enfants du paradis
France, 1945, 3h10, noir et blanc, 1:37

Réalisation : Marcel Carné
Scénario et dialogues : Jacques Prévert
Assistants à la réalisation : Pierre Blondy, Bruno Tireux
Photo : Marc Fossard, Roger Hubert
Son : Robert Teisseire, Jacques Carrère
Musique : Maurice Thiriet
Montage : Henri Rust, Madeleine Bonin
Décors : Lucien Barsacq, Raymond Gabutti
Costumes : Antoine Mayo
Production : Pathé Production
Interprètes : Pierre Brasseur (Frédérick Lemaitre), Arletty (Garance), Jean-Louis Barrault (Baptiste Deburau), Marcel Herrand (Lacenaire), Maria Casares (Nathalie), Louis Salou (Le Comte de Montray)
Sortie en France : 15 mars 1945

Distributeur : Pathé

Projection numérique des deux époques du film présenté dans son format image et son d’origine, issu de la restauration 4K image et de la restauration sonore faites cette année par Pathé avec la participation de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, des laboratoires l'Immagine Ritrovata / Bologne, Eclair Groupe & LE Diapason / Paris, des Archives françaises du film  et de la Cinémathèque française.

Ressortie du film en salles et en DVD en octobre 2012.


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